
L'Académie d'Alsace a été créée à Colmar, le 25 mai 1952, au cours d'une séance à la Chambre de Commerce. Les statuts, complétés et adaptés en 1992, définissent les objectifs de l'assocation "qui groupe en une compagnie littéraire, scientifique et artistique des poètes, écrivains, scientifiques, chercheurs et artistes d'Alsace, dont les oeuvres font honneur et participent au prestige culturel de l'Alsace, lieu de convergence des influences culturelles au coeur de l'Europe, carrefour traditionnel de communications et d'échanges ".
L'objectif que s'est assigné l'assemblée constitutive est double : encourager, stimuler, promouvoir les forces vives et rayonner au-delà des frontières. Au lendemain de la terrible épreuve imposée à l'Europe, l'Alsace sort blessée et meurtrie dans son âme, comme dans ses biens. Les fondateurs de l'Académie entendent panser les plaies et affirmer que par-delà les conflits du passé, il y a une grande oeuvre à construire. L'Académie s'identifie à l'Alsace. C'est l'époque où Robert Schuman, Alcide Gasperi, Conrad Adenauer, Paul-Henri Spaak oeuvrent pour une Europe réconciliée. Le Conseil de l'Europe n'est l'aîné que de deux ans de l'Académie d'Alsace. La cooptation du comte Sforza dans notre Compagnie et la participation de René Cassin sont significatives. Au-delà des ruines et au-delà des tombes, les fondateurs de l'Académie d'Alsace entendirent participer à la grande oeuvre de reconstruction. Ils s'engagèrent dans le combat pour la culture, or la culture ne connaît pas de frontières. Inspiré par le chanoine Berthier de l'Académie de Savoie, René Spaeth fut le fondateur de la Compagnie, secondé par Géo Delcampe, Solange Gilodi, le général Ingold, Jean et Rodolphe Kessler, Wilfrid Lucas et André Weckmann. Les liens personnels entre René Spaeth et le chanoine Berthier expliquent que l'Académie d'Alsace fut placée sous l'égide de Béatrice de Savoie (1188 - 1233), une des premières souveraines des grandes Floralies du Moyen Age. Les créateurs prirent également exemple sur l'ancienne Académie Florimontaine de Savoie siégeant depuis le début du XVIIe siècle à Annecy. Ils adoptèrent sa devise : Idéal, Unité, Diversité.
Des personnalités d'horizons divers acceptèrent de siéger au Comité d'honneur, telles que le prince Jean de Broglie, René Cassin, Roland Dorgelès, Maurice Genevoix, Alfred Kastler, Mme de Lattre de Tassigny, Léopold Sédar Senghor. L'Académie d'Alsace put alors également s'honorer de compter dans ses rangs six membres de l'Institut.
La grande figure, le père spirituel de l'Académie d'Alsace, était incontestablement René Spaeth qui assuma la présidence de 1952 à 1972. Il anima la Compagnie d'un souffle conquérant par son travail, ses initiatives, son sens de l'organisation ; il fut un ardent défenseur des valeurs régionales. L'adresse remise en 1958 par Georges Lecomte, Secrétaire perpétuel de l'Académie française, à l'Académie d'Alsace, encouragea les créateurs dans leur mission culturelle, en raison de la situation particulière de l'Alsace au sein de la communauté française. "Il est hautement satisfaisant, écrit-il, qu'une telle initiative ait été prise dans cette province d'Alsace, la plus française des provinces de France et en même temps la plus ouverte à ces souffles extérieurs faute desquels une culture purement et étroitement nationale risquerait, dans le monde moderne, d'être guettée de sclérose". Le dynamisme enthousiaste de la jeune Académie fut couronné par la remise du prix Muteau décerné en 1963 par l'Académie des Sciences morales et politiques pour "l'ensemble de son oeuvre et pour le rayonnement qu'elle apporte à la pensée française".
Camille Schneider prit la relève et continua l'oeuvre de René Spaeth dans le même esprit que son prédécesseur (1972 - 1978). Pierre Schmitt assura la présidence pendant douze ans (1978 - 1990) et sut poursuivre avec dignité l'oeuvre engagée qui assura à l'Académie d'Alsace un rayonnement mérité au-delà des limites de la région, grâce à ses activités culturelles de haut niveau, la cordialité et la distinction de ses contacts. Raymond Oberlé lui succéda en 1990, puissamment secondé par le secrétaire général Jean-Marie Schmitt, le chancelier Bernard Pierrat et le vice-président Jean-Claude Gall. Le dévouement exemplaire de plusieurs membres du comité directeur, des chanceliers et des secrétaires généraux ont, dès le début, assuré une bonne marche de la Compagnie, tels furent Louis Charollais, Paul Louis Marchal.
Le siège social de l'Académie d'Alsace se trouvait au cours des premières années au 14, avenue Foch, à Colmar, la résidence du président Spaeth, puis dans l'Ancienne Douane (le prestigieux Koïfhus). Il fut ensuite dans une annexe de la mairie, rue Rapp. La Chambre de Commerce de Colmar lui accorda en 1990 généreusement son hospitalité, la parution régulière des Annales de l'Académie d'Alsace assura le lien d'amitié avec les membres et devint le reflet des multiples activités déployées par la Compagnie (1).
Le rayonnement de la Compagnie se trouva enrichi, étendu et consolidé par les amicales et constructives relations avec des Académies soeurs. L'Académie d'Alsace fut reçue par l'Académie Stanislas de Nancy en 1954, en 1963, en 1980. Elle se déplaça à Lucerne (1957), à Besançon, à Genève (1957), à Chambéry (1962), à Lausanne, à Neuchâtel, à Schongau ; ville jumelée avec Colmar (1959 et 1994). L'Académie d'Alsace ne connut pas, selon l'expression du président Pierre Schmitt, de "clôture". Sa mission culturelle s'étendit sur l'Alsace entière. Les relations confraternelles furent maintenues avec l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Savoie, avec les Jeux Floraux d'Annecy et de Toulouse, avec les Académies de Rennes et de Rouen.
Les statuts de la Compagnie, élaborés lors de la création, ont été révisés, et adaptés à l'évolution des problèmes de la société. Me Nonnenmacher, le conseiller juridique, rédigea avec M. Michel Dupouy, en 1992, les nouveaux statuts publiés dans le travail de M. Pierre Schmitt, Synthèse des activités académiques de 1972 à 1992. Ils se résument dans les traits suivants : la Compagnie comprend quatre sections qui groupent :
- Section des Belles-Lettres : poètes, écrivains, romanciers ;
- Section des Sciences de l'Homme : historiens, juristes, sociologues ;
- Section des Sciences de la Nature : biologistes, chimistes, médecins ;
- Section des Arts et Artisanat d'art : artistes, musiciens, artisans.
Chaque section groupe des membres titulaires et des membres correspondants qui sont accueillis après homologation par le corps électoral des membres titulaires.
L'Académie est dirigée par :
- un Comité, élu par les membres réunis en assemblée statutaire ;
- un Bureau comprenant : le président, les vice-présidents, le chancelier, le secrétaire général, le trésorier.
L'Académie d'Alsace s'honore d'un Comité de patronage comprenant des personnalités "ès qualité" (les deux Préfets, le Recteur, les maires des grandes villes d'Alsace). Le Comité d'honneur est composé de personnalités éminentes.
L'Académie d'Alsace organise tous les ans plusieurs manifestations culturelles publiques dont chacune est fondée sur un but bien spécifique. Telles sont les séances publiques d'hiver, organisées dans le passé à l'Ancienne Douane (Koïfhus) de Colmar ou au théâtre municipal et depuis 1992 à l'Hôtel du Département. Chaque séance est centrée sur un thème proposé par le Comité directeur et traité par des conférenciers de haut niveau, des universitaires, des responsables du secteur économique, des artistes, des personnalités des arts ou des sciences. Au cours des dernières années ont été présentés les sujets suivants, chacun traité par trois conférenciers différents :
en 1990, La bioétique
en 1991, Cultures et langues en Alsace
en 1992, La créativité culturelle en province
en 1993, Immigrations et cultures en Alsace
en 1994, La vie scientifique en Alsace
en 1995, Quel enseignement de l'Histoire dans l'Europe à venir ?
en 1996, L'aménagement du territoire, quelle place pour l'Alsace en France et en Europe ?Ces séances ont été chaque fois merveilleusement agrémentées par les prestations de l'Ensemble vocal Joseph Muller auquel le public a toujours réservé un accueil des plus chaleureux.
Les séances solennelles et assemblées générales organisées alternativement dans une ville du Bas-Rhin et du Haut-Rhin donnent lieu à la remise du prix René-d'Alsace et à un exposé sur l'histoire de la localité ou à l'évocation d'une personnalité illustre, originaire de la ville d'accueil. A titre d'exemple, nous relevons les dernières séances qui se sont déroulées : en 1990, à Sausheim ; 1991, à Saverne ; 1992, à Colmar ; 1993, à la Petite-Pierre ; 1994, à Ribeauvillé ; 1995, à Barr ; 1996, à Ottmarsheim.
Les Annales de l'Académie d'Alsace ont paru de façon ininterrompue depuis leur création. Elles donnent témoignage, s'il le fallait, d'une activité continue et enthousiaste. Soixante numéros ont paru jusqu'en 1993/94.
Regards sur l'Alsace et son destin reprend plusieurs des conférences présentées lors des séances de la Compagnie. Le plan adopté parle éloquemment de la richesse de ce "florilège", de sa diversité et de son ampleur.
Regards sur l'Alsace et son destin démontre le rôle d'un pays confronté de par sa situation géographique aux problèmes européens et humains en général.
L'Académie d'Alsace accorde le patronage à des manifestations culturelles dont elle approuve le bien-fondé.
Pour encourager et surtout pour promouvoir les talents qui se sont manifestés par la qualité de leurs travaux, l'Académie d'Alsace décerne des prix grâce à la libéralité de quelques mécènes. Tels furent, dès l'origine de la Compagnie, le prix Berthier, le prix Boll, le prix de poésie Wilfrid Lucas, le prix du roman A. Desmarest, le prix du sonnet Lily Rodenhach. Ces prix ne sont plus attribués après les années 1970 en raison de l'érosion du franc. Quelques prix prestigieux ont survécu ou ont pu être institués, tels :
- Le Grand Prix René-d'Alsace, fondé par Mme René Spaeth en mémoire de son mari. Il est décerné tous les ans pour couronner une oeuvre artistique ou scientifique consacrée à l'Alsace.
- Le Prix Maurice-Betz; fondé par Mme Maurice Betz en mémoire de son mari. Il est remis toutes les années à un écrivain d'Alsace pour l'ensemble de son oeuvre. Il permet de couronner un auteur pour une autre forme de contribution à l'action culturelle.
- Le Prix de la Ville de Schongau, fondé par décision du Conseil municipal de la Ville de Schongau am Lech (Bavière) jumelée avec Colmar. Elle attribue tous les deux ans un prix important destiné à couronner alternativement un ouvrage ou un travail de recherches d'expression française puis allemande à caractère historique ou culturel concernant l'Alsace ou la Bavière. Ce prix peut également être décerné à l'auteur d'une oeuvre de paix exaltant la compréhension entre les peuples, que cette oeuvre soit littéraire (poésie ou prose) ou artistique.
- Le Grand Prix de la Décapole est doté par les anciennes villes de la Décapole ; Colmar, Haguenau, Kayserberg, Landau, Mulhouse, Munster, Obernai, Rosheim, Sélestat, Turckheim, Wissembourg. Ce prix est décerné tous les ans à l'auteur d'une oeuvre littéraire, scientifique, artistique, consacrée si possible à la Décapole, à son passé, à son présent, ou à son futur, ou aux intérêts des villes décapolitaines, à leurs rapports, ou conforme à l'esprit qui avait animé la Décapole. La désignation de la ville qui attribuera le prix est faite par tirage au sort de manière à ce que la remise du Prix se fasse chaque fois dans une autre ville. Au cours d'un cycle décennal toutes les villes auront organisé la remise solennelle.
- Le Prix scientifique, fondé par un membre de l'Académie qui veut garder l'anonymat, est décerné tous les ans à un élève méritant du lycée de la ville où se tient l'assemblée générale. Le lauréat est désigné par les professeurs du lycée concerné.
Les Comités et les présidents successifs sont restés fidèlement attachés aux objectifs définis par les fondateurs de la Compagnie. "L'homme culturel", dont se souciait Kant, reste le centre de leurs préoccupations. L'Académie d'Alsace continue, depuis sa création, son action désintéressée pour la sauvegarde de la culture en militant inlassablement pour les valeurs fondamentales de l'homme et de la société.
L'Académie d'Alsace ne reste pas figée dans ses options. L'historien de la Compagnie décèle, malgré le fidèle attachement aux objectifs des fondateurs, une évolution, non pas dans le fond mais dans la forme de ses manifestations. Une sociabilité active et enthousiaste présidait aux rencontres de ses memhres au lendemain de la guerre. Elle s'est exprimée dans de fréquents déplacements, dans des réceptions solennelles et des discours teintés d'un éloquent idéalisme baigné dans une pure et sincère confraternité. Nul ne contestera que cet optimisme compensateur des années d'amertume et d'humiliation, des années d'occupation et d'annexion, ne soit révélateur de la foi en l'homme et en sa culture. La reconstitution matérielle de l'Europe meurtrie se doublait de l'indispensable restauration des valeurs ébranlées par les atrocités vécues.
Sensible à l'évolution des mentalités au lendemain de la guerre, à l'impact grandissant des moyens de diffusion des techniques modernes (radio, télévision), l'Académie d'Alsace a su percevoir la problématique culturelle que posaient les mutations. La contemplation rétrospective des temps révolus, des événements accomplis, des oeuvres achevées, témoins d'époques passées, a cédé à l'analyse des préoccupations d'une société consciente des problèmes complexes par leur angoissante hétérogénéité.
"Les industries culturelles" dont se sont appropriées les organisations de loisirs, les sociétés de voyages, encouragées par "l'Etat culturel" dont parle l'Académicien Fumaroli, ont fini par galvauder le terme de "culture" dans sa noblesse et sa dignité. L'action persévérante de l'Académie d'Alsace se justifiait et s'imposait, elle ne pouvait être un combat d'arrière-garde.
1. L'Académie d'Alsace, Synthèse des Activités académiques de 1952-1970. L'Académie d'Alsace,Bulletin de la Société Industrielle de Mulhouse, 4/1983. Schmitt (Pierre), L'Académie d'Alsace, Synthèse des activités académiques de 1972-1992, Colmar, 1993. (retour au texte)
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